mardi 30 octobre 2012

Une agriculture alternative est possible


"Il a fallu des millénaires pour que la terre nourricière à laquelle nous devons la vie puisse se constituer"
Pierre Rabhi


Agriculteur, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est l'un des pionniers de l'agroécologie.

L'agroécologie est une alternative au système de l’agriculture industrielle fondée sur le profit au détriment des grands équilibres environnementaux. Elle est un moyen d’accéder à l'autosuffisance alimentaire tout en économisant les ressources, en diminuant les pollutions et en respectant la santé.

L'agroécologie c'est l'art de concilier une agriculture durable, écologiquement saine, économiquement viable et socialement juste.


Années après années, les terres engendrent les mêmes semences, s'intoxiquent des abus de pesticide, sont meurtries par les labourages répétés, lessivées par les violentes pluies de l'hivernage puis balayées par l'harmattan... Il ne nous restera bientôt plus qu'une croûte sèche sur laquelle plus rien ne poussera.

Mais prenons conscience qu'aux origines, cette terre nourricière n'existait pas, elle s’est constituée petit à petit...Sauf que là, ce que la nature a conçu en plusieurs millénaires, nous devons pouvoir le réaliser en quelques années!

Pour cela, nous avons à disposition plusieurs pratiques agricoles comme l'utilisation de paillis, l’absence de travail du sol, la gestion de l'irrigation, les associations culturales, la protection intégrée des cultures, et bien d'autres encore...

L'agroécologie consiste à définir des pratiques qui imitent les processus naturels créant ainsi des interactions et synergies biologiques bénéfiques entre les composantes de l’agroécosystème.

C'est en s'inspirant de ces principes que Nébéday accompagne les femmes dans leurs activités de maraîchage.

Beaucoup de femmes ont pris l'habitude d'utiliser des produits industriels, mais du fait de l'analphabétisme important chez les femmes, ces produits chimiques sont mal utilisés et nuisent à la santé des agricultrices, de leurs familles et de leurs terres.
Les animatrices de Nébéday se rendent le matin dans les parcelles de maraîchage pour expliquer concrètement aux femmes comment réaliser un bon compost, comment l'utiliser et surtout quel est son intérêt.
Elles discutent aussi longuement sur la manière d'utiliser certaines essences locales, telles que le neem, comme insecticide naturel. Le neem est ainsi très efficace aussi bien pour prévenir que pour guérir des invasions de nuisibles en tout genre.
Les femmes ont aussi adopté les moringas oleifera dans leurs champs que ce soit pour participer à la création de haies vives qui vont faire office de brise vent et de pare-soleil léger, que pour les associer aux cultures et envisager ainsi de faire un petit commerce des feuilles de moringa (ces feuilles sont un excellent complément alimentaire, surtout pour les femmes enceintes et les enfants).

Des pépinières de Leucaena leucocephala ont débuté. Ces arbres sont reconnus pour leur efficacité à fixer l'azote et pour leur production importante de biomasse. Les feuilles en tombant vont engraisser le sol et servir de fourrage pour le bétail. Leur croissance est relativement rapide, ils sont donc une source possible de bois de chauffe.  Il est prévu que ces arbres soient plantés en bordure des champs en début d'hivernage. 

Des pépinières de jujubiers sont aussi lancées. Les jeunes arbres sont prévus pour recevoir des greffons de jujubier améliorés tel qu'on en trouve au Mali. Les jujubes du Mali sont presque dix fois plus gros que nos petits jujubes sénégalais. Les enfants en raffolent et sa pulpe est riche en vitamine C. Les jujubiers, poussant relativement vite et étant pourvus de beaucoup d'épines, peuvent être intégrés dans des haies vives. Mais surtout, le jujubier a une grande valeur économique et nutritionnelle, sa culture va ainsi permettre d’augmenter les revenus et le statut nutritionnel des agriculteurs et de leurs familles.

Un autre groupement de femme est en train de se former à l'apiculture. Grace au travail de pollinisation des abeilles, la pratique de l'apiculture à proximité des champs va accroître le volume des rendements agricoles, sans effort pour les agriculteurs, avec en plus l'espoir d'une belle récolte de miel. Le miel va lui aussi permettre d'augmenter les revenus et le statut nutritionnel des familles.


Nébéday travaille à conscientiser les populations sur la richesse et l'importance pour notre équilibre de nos ressources naturelles. Si elles sont bien gérées, nos ressources nous offrent les aliments qui nous nourrissent, les médicaments qui nous soignent et même l'argent qui envoie nos enfants à l'école.  

lundi 15 octobre 2012

Le Moringa en réponse aux carences alimentaires au Sénégal

Les résultats d'une grande enquête démographique effectuée en 2011 ont été publiés la semaine dernière. Les résultats sont loin d'être bons :
  • 37% des enfants de moins de deux ans sont affectés par une carence en vitamine A,
  • 76% des enfants de 6 à 59 mois sont carencés en fer et en acide folique,
  • 54% des femmes de 15 à 49 ans sont carencées en fer et en acide folique.
Selon l'OMS, l’amélioration du statut en vitamine A des enfants de 6 à 59 mois augmente leurs chances de survie par la réduction de 25 % de la mortalité attribuable aux maladies infantiles, telles que le paludisme, la diarrhée, les infections respiratoires aiguës et la rougeole.

Ces carences alimentaires entraînent aussi des troubles socio-économiques très lourds à long terme. Un enfant sous-vitaminé aura un développement physique et mental altéré, ainsi qu’une capacité de travail et d’apprentissage diminuée. Une réelle prise en main de la santé des enfants et des femmes en âge de procréer est un préalable indispensable au bon développement économique de notre pays.

Le gouvernement à réagit dès la publication de ces résultats en mettant en place un atelier national de formation des techniciens de laboratoires, sur les dosages de la vitamine A, de l’acide folique et du fer dans les aliments fortifiés de base tels que l'huile ou la farine boulangère.

Nébéday s'inscrit complètement dans cette mouvance en travaillant au quotidien auprès des femmes. La femme est le pilier de la famille : si elle est conscientisée sur l'importance d'une bonne alimentation, l'ensemble de sa famille en bénéficiera.

Avec la saison des pluies qui s'achève, les femmes reprennent leurs activités de maraîchage. L'association Nébéday les accompagne à planter des Moringa Oleifera en culture combinée. Le Moringa, avec ses racines profondes, n'entrera pas en concurrence avec les salades ou les tomates alors que son feuillage offrira une légère ombre aux légumes.

Parallèlement, les techniciens de Nébéday sensibilisent les femmes à la cuisine des feuilles du Moringa qui sont une source importante de vitamine A et C, de fer, de calcium et de protéines. Différentes méthodes de préparation de ces feuilles permettront de faire ressortir les qualités de tel ou tel nutriment.

Réunion de sensibilisation sur la cuisine des feuilles de Moringa
Préparation d'un plat à base de poisson et de feuilles de Moringa

Dans la zone de la forêt de Sangako, ce sont 4 champs test qui ont été mis en place pour la culture semi-intensive du Moringa. Au bout de quelque mois, nous pourrons juger de la réussite du projet et dupliquer la méthode auprès des GIE intéressés par cette culture. L'objectif est de mettre en place une filière stable de production de feuilles de Moringa.

Préparation d'un champs de Moringa à Sandicoly

lundi 24 septembre 2012

Clinton Global Initiative


Fondée en 2005 par le président Bill Clinton, la Clinton Global Initiative (CGI) réunit des leaders mondiaux pour créer et mettre en œuvre des solutions novatrices aux défis les plus urgents de la planète. Les Assemblées annuelles de CGI ont réuni plus de 150 chefs d'Etat, 20 Prix Nobel, des centaines de dirigeants de grandes entreprises, des représentants de fondations et d'ONG, des mécènes, ainsi que les médias les plus influents. À ce jour, les membres de CGI ont fait plus de 2.100 actions, qui soutiennent l’amélioration des conditions de vie de près de 400 millions de personnes dans plus de 180 pays. Lorsqu'ils seront entièrement financés et mis en œuvre, ces engagements représenteront 69,2 milliards de dollars.

L’approche de la fondation Man and nature qui nous soutient pour la mise en œuvre du projet de conservation de la forêt de Sangako a été saluée par la Clinton Global Initiative.

Olivier behra, fondateur de Man&Nature, est invité le 25 Septembre à New York pour l’assemblée annuelle de la CGI afin de porter son message dans les plus hautes sphères et pour inspirer d’autres acteurs dans la même voie.


Man&Nature est une Organisation de Solidarité Internationale qui développe un programme dont la vocation est de promouvoir des approches de conservation de l’environnement novatrices et d’encourager des modes de développement durables.

La stratégie de Man&Nature repose en particulier sur le soutien à une exploitation comprise et raisonnée des ressources naturelles et un partage équitable des bénéfices entre communautés locales du Sud et entreprises privées du Nord.

Man&Nature soutient de nombreuses activités qui concourent à son objectif principal : offrir aux communautés locales un tremplin économique et social en particulier par l’identification de débouchés et à la structuration de nouvelles filières de ressources naturelle.

C’est dans ce cadre que Man&Nature soutient notre projet autour de la forêt de Sangako, projet dont l’objectif est, dans un premier temps, de transférer la gestion de la forêt aux mains des communautés limitrophes et d’établir un plan de gestion raisonné. Dans un deuxième temps, le projet vise à mettre en place des filière de valorisation des produits forestiers comme le miel, le fruit du baobab, l’anacardier, etc.

mardi 18 septembre 2012

Les foyers améliorés contre la déforestation

Fourneau traditionnel 3 pierres

Au Sénégal, la majorité des ménagères utilisent des foyers de type « trois pierres ». Le principe d’un foyer trois pierres est de faire un feu avec des branchettes de bois, et de disposer trois pierres permettant de soutenir une marmite. Cette méthode, très bon marché, a pour inconvénient de dégager énormément de fumée et d’être très consommatrice de bois.








Le foyer amélioré, ou fourneau « Jambar », est un type de fourneau fermé, qui a plusieurs avantages :

  • Il permet tout d’abord de faire des économies de bois. D’après Cumba Bop de Sadioga, « avec un foyer amélioré, seulement 2 ou 3 branches peuvent être utilisées pour faire un repas entier, contre 6 avec un foyer trois pierres ». Cette faible consommation de bois permet de faire des économies financières et de protéger l’environnement forestier
  • Il permet aussi de préserver la santé des villageoises. En effet, il faut savoir qu’une villageoise marche en moyenne 5 km pour atteindre la forêt. Le ramassage du bois est donc un travail très difficile. De plus, un foyer amélioré émet très peu de fumée, ce qui préserve les utilisatrices des maladies comme l’asthme, les problèmes de vue… 
  • Cuisiner avec un foyer amélioré procure un gain de temps : il permet  un temps de cuisson moindre et  le démarrage du feu est facilité.    

La mise en place de foyers améliorés dans les ménages est donc au cœur d’un développement dit durable car il combine les aspects sociaux, économiques et environnementaux.

Foyer amélioré métallique

vendredi 7 septembre 2012

5.000 !

C'est le nombre d'anacardiers que Nébéday, accompagné des villageois de la périphérie de la forêt classée de Sangako, a planté depuis le début de l'hivernage.

Des centaines de villageois, hommes, femmes et enfants, se sont mobilisés bénévolement tous les jours depuis deux mois pour atteindre ce chiffre. Et la saison n'est pas encore finie. On peut espérer planter encore un petit millier d'anacardiers ainsi qu'une centaine d'autres espèces d'arbres.

S'il ne suffisait que de planter, le travail irait beaucoup plus vite, mais chaque arbre doit avoir une protection solide et c'est ce travail qui est le plus fastidieux.

Sans la mise en place de protections, les singes arracheront les jeunes plants pour en manger les racines. Et les survivants seront dévorés à la saison sèche par le bétail (surtout par les chèvres).

Donc chaque plant d'anacardier est entouré de 4 branches, à hauteur d'homme, de préférence du neem (azaradichta indica), qui est une espèce étrangere et invasive. L'ensemble est entouré de deux tours de filet de pêche et solidement maintenu pour résister le plus longtemps possible aux assauts répétés de nos indésirables gloutons.

Protection d'un jeune plant d'anacardier

Pourquoi l'anacardier ?

L'anacardier est notre priorité cette année car ces arbres, plantés en quinconce, constituent des pare-feux efficaces et protègent toute la forêt des futurs feux de brousse.

Aujourd'hui, les arbres sont encore petits et demandent beaucoup d'entretien. Ils ne pourront remplir leur rôle de pare-feux que d'ici trois ans. D'ici là, la paille aux abords des plantations devra être systématiquement fauchée pour limiter les incendies.

Cette paille servira alors à la fabrication de charbon grâce à un procédé simple et efficace élaboré par Nébéday. A cet effet, deux premières unités de charbon de paille vont voir le jour dans la zone à la fin de l'hivernage.

Pour plus de photos sur cette opération : Reboisement et protection d'anacardiers

mercredi 22 août 2012

Plantation de palétuviers à Sandicoly

Fin juillet, une grande opération de plantation de palétuviers a été organisée en partenariat avec les villageois de Sandicoly, l'association Nébéday et de jeunes français de l'organisme de voyage "sans frontières".




La mangrove est l'un des écosystème les plus riches de la planète, mais aussi l'un des plus fragiles. A l'interface entre le milieu marin et le milieu continental, la mangrove est une barrière végétale naturelle impénétrable pour les grands prédateurs. Elle offre donc un abri aux poissons et crustacés qui viennent s'y reproduire en grand nombre. Alevins et juvéniles grandissent en toute tranquillité entre les racines de palétuvier. Il a été étudié dans le Saloum que la mangrove offre un refuge à 127 espèces de poissons dont les trois quart viennent pour se reproduire. La mangrove assure ainsi le renouvellement des poissons et des crevettes qui, à l'âge adulte, rejoindront la pleine mer.

Les villageois de Sandicoly, accompagnés de jeunes français, sont allés récolter auparavant des propagules, les organes de propagation et de reproduction des palétuviers, et ont accédé en pirogue à une zone favorable à la réussite du reboisement.

C'est ainsi 3225 propagules qui ont été plantés dans la journée et qui donneront, en grandissant, de beaux palétuviers. Ces palétuviers permettront de reconstituer un écosystème de mangrove très intéressant en terme de biodiversité.

Les mangroves du Sénégal sont des zones humides vitales et dont dépend la migration des oiseaux. En particulier celles du delta du Sine Saloum, delta déjà inscrit en réserve de la biosphère et protégée par un parc national, delta qui est le troisième site côtier d'importance ornithologique de l'Afrique de l'ouest, après le banc d'Arguin en Mauritanie et l'archipel des Bijagos en Guinée Bissau.


 Extrait d'un interview de Jean Goepp, directeur de Nebeday, réalisé par la fondation Insolites Bâtisseurs :
La mangrove offre aux populations des ressources essentielles, comme le poisson, unique source de protéine animale pour les sénégalais : sur notre littoral, elle abrite près de 130 espèces de poisson. Elle freine la remontée du sel et protège les zones de rizière des eaux salées de l'océan. Au Sénégal, l'alimentation de base, la plat national, c'est le thiep bou dien, à base de riz et de poisson. Sans mangrove, plus de poissons, plus de rizières !
On sait aujourd'hui qu'il faut stocker le carbone pour limiter le réchauffement climatique. La mangrove est un écosystème exceptionnel en termes de quantité de carbone stocké. Et le palétuvier à l'immense qualité de stocker le carbone dans une forêt qui ne brûle jamais, une forêt de zone humide. Le premier ravageur de nos forêts, c'est le feu : chaque année, il y a entre 1500 et 2000 feux de brousse au Sénégal.
Quand on stocke du carbone dans une forêt continentale, et que cette forêt est prise par le feu, tout le carbone repart dans l'atmosphère : l'action de plantation est nulle, le bilan carbone est nul ! En restaurant la mangrove, on a la garantie de reboiser une forêt qui ne brûlera pas.
Restaurer l'écosystème de mangrove au Sénégal, c'est, à l'échelle locale, régénérer les ressources naturelles, permettre aux sénégalais d'assurer une autosuffisance alimentaire, et, à l'échelle mondiale, lutter contre le réchauffement climatique.

vendredi 17 août 2012

Création des Amis de Nébéday

Cet été s'est créée une association française, Les Amis de Nébéday, association basée à Paris et parue au J.O. du 28 juillet 2012, qui a pour but d'appuyer et d'accompagner l'association sénégalaise Nébéday.

Plus précisément, Les Amis de Nébéday apportent un soutien technique, humain, matériel et financier pour permettre et favoriser la réalisation des activités déployées localement par Nébéday.


Les démarches sont en cours pour valider l'intérêt général de l'association et donc la possibilité de déduire une partie des dons.

C'est important d'avoir des amis !